Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum lors du coup d’État du 26 juillet, les spéculations vont bon train concernant le rôle, supposé ou réel, de son prédécesseur, Mahamadou Issoufou.
Le 26 juillet 2023, j’ai eu l’impression de rêver. Je me suis réveillé brusquement pour réaliser que ce n’était pas un rêve.
Mon cauchemar était devenu réalité : l’entrée dans une période de coups d’État sans raisons évidentes. Les instigateurs des récents renversements de pouvoir (Mali, Burkina Faso, Guinée) nous ont habitués à fournir des justifications plausibles à leurs actions.
Ces justifications ont souvent réussi à amener l’opinion publique à tolérer les gouvernements militaires, d’autant plus que des jeunes désœuvrés ont occupé les rues avec passion.
Une rhétorique bien huilée
Les frustrations structurelles et le désespoir de ces jeunes sont devenus une ressource politique exploitable et facilement lisible comme une adhésion populaire aux nouveaux dirigeants militaires, souvent plus proches d’eux en âge que les « vieux » accusés d’être au service des intérêts étrangers, en particulier français.
Cette rhétorique pavlovienne est devenue une habitude. En accusant les Occidentaux, et surtout la France, d’une certaine responsabilité, il est possible de mobiliser l’opinion.
Une partie de la jeunesse estime que leur situation s’améliorera sur leur propre terre, longtemps spoliée, seulement lorsque le continent sera débarrassé de tout « pilleur » blanc. Aboubacar, un jeune vendeur de jus d’ananas originaire du Niger, a exprimé ce sentiment avec passion à Abidjan la semaine dernière.
Il ne veut pas suivre la voie méditerranéenne de son frère cadet et mourir en mer. Il voit de l’espoir dans la junte qui cherche à prendre le pouvoir à Niamey.
Je l’admets, je ne comprends toujours pas ce coup d’État. Plus on m’explique, moins je saisis. Je continue à considérer la situation comme une intrigue fictionnelle, pleine d’interrogations.
Les sanctions économiques de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) sont-elles appropriées ou non ? Vont-elles accélérer la chute de la junte ? La réponse militaire de la CEDEAO aura-t-elle des conséquences négatives ? Faut-il rétablir Mohamed Bazoum au pouvoir ? La position de la France vis-à-vis de ce coup d’État au Niger est-elle cohérente, en tenant compte de son attitude lors de la prise du pouvoir par Mahamat Idriss Déby Itno au Tchad après la mort de son père ?


