Par Leatitia Prunelle
Le 26 février 2026, à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication, Rigobert Mukendi wa Mukendi a soutenu un mémoire de DEA consacré à la couverture médiatique de la présidentielle de 2023 en République démocratique du Congo. Son étude interroge une question centrale : la neutralité journalistique est-elle un état objectif ou une construction stratégique ?
Dans un contexte électoral marqué par la polarisation et les pressions politiques, le chercheur rejette l’idée d’une objectivité absolue. La neutralité apparaît comme une performance discursive : par des procédés d’effacement, l’équilibrage des sources, le recours aux chiffres ou aux textes juridiques, le journaliste produit un effet d’impartialité plutôt qu’il ne l’incarne.
Mobilisant la sociologie des champs de Pierre Bourdieu et les travaux de Dominique Marchetti, l’analyse montre que, dans un champ médiatique en tension avec le politique, la neutralité fonctionne comme un capital symbolique : elle protège et légitime le journaliste.
À partir du modèle sociocommunicationnel de Patrick Charaudeau, le mémoire souligne que l’information repose sur un contrat de crédibilité avec le public. La neutralité est ainsi un effet construit par la mise en scène polyphonique des discours.
Enfin, en écho aux travaux de Catherine Kerbrat-Orecchioni et Alain Rabatel, l’étude met en lumière les micro-glissements lexicaux susceptibles d’orienter subtilement la perception des acteurs politiques.
Conclusion : la neutralité journalistique n’est ni absence de position ni pure vertu morale. Elle constitue une « neutralité-action » — un travail continu de sélection, de hiérarchisation et de mise en discours, déterminant pour la crédibilité médiatique en période électorale.


