Par Grâce Kobele
Pour la première fois depuis la reprise des affrontements armés dans l’Est de la République démocratique du Congo, le gouvernement rwandais admet officiellement l’existence d’une coordination sécuritaire avec le groupe rebelle AFC/M23. Kigali justifie cette collaboration par des impératifs de sécurité nationale, évoquant la protection des populations tutsi et la prévention de violences à caractère génocidaire.
Cette position a été exprimée dans une déclaration adressée au Congrès des États-Unis le 22 janvier 2026 par l’ambassadrice du Rwanda à Washington, Mathilde Mukantabana. Dans ce document, la diplomate affirme que cette coordination aurait notamment facilité le retrait unilatéral de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu, présenté comme un geste d’apaisement sur le terrain.
Selon elle, ce retrait visait à démontrer que le mouvement rebelle n’était pas responsable des violences récemment signalées dans la zone et qu’il faisait suite à un encouragement direct des autorités rwandaises.
« À la suite de cette escalade, l’AFC/M23, afin de montrer qu’il n’était pas à l’origine des violences et avec le fort encouragement de mon gouvernement, a récemment entrepris un retrait unilatéral de la ville d’Uvira, démontrant son engagement en faveur de la désescalade », a-t-elle déclaré.
L’ambassadrice rwandaise a par ailleurs levé toute ambiguïté quant à la nature des relations entre Kigali et le groupe armé.
« Pour cette raison, le Rwanda engage effectivement une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je l’affirme clairement afin de bâtir la confiance par la transparence », a-t-elle ajouté, qualifiant l’AFC/M23 de « groupe congolais indépendant » porteur de revendications qu’elle juge légitimes à l’égard du gouvernement de Kinshasa.

Mathilde Mukantabana a également précisé que cette coopération s’inscrit dans un intérêt sécuritaire commun, notamment la lutte contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et d’autres groupes armés qualifiés d’extrémistes. Selon elle, l’objectif du Rwanda est avant tout de prévenir toute résurgence d’une insurrection génocidaire transfrontalière susceptible de menacer sa sécurité nationale.
Cependant, malgré les assurances de Kigali quant au caractère défensif, limité et temporaire de cette coordination, cette reconnaissance officielle est perçue comme un aveu d’ingérence directe dans un conflit interne congolais. En assumant publiquement une collaboration avec un groupe armé opérant sur le territoire de la RDC, le Rwanda s’expose à de sérieuses accusations de violation de la souveraineté congolaise et du droit international.


