Par la rédaction
Les propos du président Félix Tshisekedi, tenus lors de sa récente rencontre avec la jeunesse, continuent de susciter de vives réactions dans l’opinion publique. En déclarant avoir trouvé, à son arrivée au pouvoir, « une armée de clochards », le chef de l’État a employé une formule choc qui, au-delà de l’émotion qu’elle a provoquée, soulève une question plus profonde : celle de la préparation, du langage et du coaching au sommet de l’État.
Parmi les voix qui se sont élevées dans ce débat figure celle du Professeur ordinaire Jean-Claude Matumweni. Dans une réflexion largement partagée sur les réseaux sociaux, l’universitaire invite à dépasser l’indignation immédiate pour interroger les mécanismes de communication présidentielle.
Une parole improvisée ou assumée ?
Pour le Professeur Matumweni, il est peu crédible de penser que le président se serait simplement mal exprimé. Selon lui, l’emploi du terme « clochards » traduirait une conviction ancrée de longue date, même si certains observateurs ont tenté de lui prêter le sens atténué de « clochardisée ». Le problème, insiste-t-il, n’est pas seulement sémantique, mais structurel : il touche à la manière dont la parole présidentielle est pensée, préparée et encadrée.
« Un président devrait improviser le moins possible », estime-t-il. Dans un contexte politique sensible et hautement symbolique comme celui de la République démocratique du Congo, chaque mot du chef de l’État engage non seulement sa personne, mais aussi les institutions qu’il incarne.
Le coaching présidentiel en question
Au cœur de la réflexion du Professeur Matumweni se trouve l’idée que l’actuel président souffrirait d’un déficit de coaching, ou du moins d’un encadrement insuffisant de sa communication. Il rappelle que le coaching politique ne se limite pas à la prise de parole, mais repose sur une méthodologie rigoureuse.
Il évoque notamment trois piliers essentiels :
L’inventio, c’est-à-dire la recherche approfondie d’informations et d’arguments relatifs à l’activité ou à l’intervention prévue ;
L’autoscopie, qui consiste à analyser ses prestations passées, à les visionner avec une équipe de communication, à identifier les forces et les faiblesses, et à corriger les erreurs ;
La préparation de l’activité à venir, à travers des fiches synthétiques reprenant l’ordre du jour, les questions clés et les éléments de langage essentiels.
Selon lui, l’idée largement répandue selon laquelle un chef doit tout savoir et se passer d’aide-mémoire est non seulement erronée, mais dangereuse.
Lire, comprendre, décider
Le professeur insiste également sur la nécessité pour un président de disposer d’une véritable équipe de lecture. Celle-ci aurait pour mission de synthétiser les publications récentes en géopolitique, en économie, en sécurité et dans d’autres secteurs stratégiques de la vie nationale. Gouverner, rappelle-t-il en filigrane, c’est aussi décider sur la base d’une information maîtrisée.
Une réflexion au-delà de la polémique
En filigrane, la sortie du président sur « l’armée de clochards » agit comme un révélateur. Elle met en lumière les défis persistants de la communication politique en RDC, mais aussi une certaine culture du pouvoir, où la préparation est parfois perçue comme un aveu de faiblesse plutôt que comme une exigence de professionnalisme.
Le Professeur Jean-Claude Matumweni annonce d’ailleurs qu’il livrera, dans les années à venir, ses expériences de coaching auprès de personnalités politiques majeures, dont l’ancien président Joseph Kabila, Daniel Ngoy Mulunda et la ministre Arlette Bahati, qu’il décrit comme des figures d’une rare modestie et d’une grande réceptivité.
Au-delà de la controverse, cette réflexion pose une question centrale : dans une démocratie moderne, la spontanéité du pouvoir peut-elle encore se substituer à la rigueur de la préparation ?


