Par la rédaction
Alors que la République démocratique du Congo demeure confrontée à une guerre persistante dans sa partie orientale, les appels au dialogue et aux solutions diplomatiques se multiplient. Mais pour le journaliste Plotin Yambenga, cette approche est non seulement inefficace, mais dangereuse. Dans une réflexion tranchée largement relayée dans l’espace public, il défend une ligne dure : aucune paix durable ne peut être obtenue au prix de la justice et de la souveraineté nationale.
Trois décisions « simples mais efficaces »
Se projetant dans la posture d’un chef de l’État confronté à cette guerre qu’il qualifie d’« agression », Plotin Yambenga estime que la solution passe d’abord par des décisions politiques fortes. Il en identifie trois principales.
La première consisterait à un remaniement en profondeur du gouvernement, avec une équipe resserrée à environ 25 ministres. Pour lui, la priorité devrait être donnée à la compétence, et non aux équilibres tribaux ou aux appartenances partisanes, qu’il considère comme des freins à l’efficacité de l’action publique.
La deuxième décision relèverait du domaine sécuritaire : la signature d’accords militaires avec la Russie et la Corée, dans le but de renforcer les capacités opérationnelles des Forces armées de la RDC (FARDC). Une option qui tranche avec les partenariats traditionnels et traduit une volonté de diversification stratégique.
Enfin, il plaide pour un rééquilibrage budgétaire majeur, avec l’allocation de 30 % du budget national aux dépenses militaires, estimant que l’État ne peut espérer vaincre une guerre de haute intensité sans un investissement massif dans son armée.
Un rejet catégorique du dialogue avec les groupes armés
Au cœur de la réflexion de Plotin Yambenga se trouve un refus sans ambiguïté de tout dialogue avec les groupes rebelles. Selon lui, les processus de dialogue menés par le passé ont systématiquement débouché sur des mécanismes de brassage et de mixage qui ont fragilisé l’armée nationale, favorisant l’infiltration et la trahison.
Il soutient que l’incapacité des FARDC à repousser certains ennemis, notamment les RDF selon ses propos, trouve son origine dans cette infiltration interne. Dès lors, dialoguer avec les rebelles reviendrait, à ses yeux, à les récompenser politiquement.
« Ceux qui massacrent des civils ne méritent pas une place dans les institutions », affirme-t-il, estimant que leur seule destination légitime est la justice, et non les honneurs ou les titres d’« excellences ».
Justice contre paix négociée
Le journaliste pose une question centrale : quelle serait la récompense des familles endeuillées si ceux qui ont tué leurs proches sont intégrés au pouvoir à la suite d’un dialogue ? Pour lui, la paix ne peut être durable si elle repose sur l’impunité et le blanchiment des crimes.
Il se dit toutefois ouvert à un dialogue national strictement encadré, à condition que les participants soient des acteurs n’ayant jamais adhéré à la logique de l’agresseur, ni servi de relais internes à une agression extérieure « congolitisée ».
Un regard critique sur les acteurs internationaux
Dans sa réflexion, Plotin Yambenga va plus loin en évoquant la chute d’Uvira, intervenue quelques jours après la signature d’un accord de paix. Contrairement à certaines analyses, il estime que cet épisode ne constitue pas une humiliation pour l’ancien président américain Donald Trump, mais plutôt une indication, selon lui, du soutien implicite des États-Unis à la poursuite de la guerre.
Une lecture qui, qu’on la partage ou non, traduit une méfiance profonde à l’égard des grandes puissances et de leur rôle dans les conflits africains.
Une position radicale dans un débat national sensible
La réflexion de Plotin Yambenga s’inscrit dans un débat national de plus en plus polarisé entre partisans du dialogue et défenseurs d’une réponse militaire sans concession. En rejetant toute négociation susceptible de récompenser des acteurs armés impliqués dans des crimes, il rappelle une exigence morale forte : celle de ne pas sacrifier la justice sur l’autel d’une paix fragile.
Reste à savoir si cette approche, fondée sur la fermeté et la répression, peut s’imposer dans un contexte régional et international complexe, où la recherche de compromis demeure souvent privilégiée.


