Par Grâce Kobele
Le bilan est dramatique. Au moins 97 civils ont été tués et plus de 235 grièvement blessés dans la chefferie de Kaziba, territoire de Walungu (Sud-Kivu), selon des sources locales concordantes. Ces pertes sont attribuées à l’occupation de la zone par l’armée rwandaise (RDF) et ses alliés du M23, accusés d’avoir transformé la région en zone massivement minée.
Dans les hauts plateaux entourant Kaziba, notamment à Nabumbu, Kabembe, Ngando et Chihumba, des mines antipersonnel et des engins explosifs auraient été déployés pour freiner l’avancée des FARDC et des groupes Wazalendo. Les civils, pris au piège, paient chaque jour le prix de ce dispositif meurtrier.
Des hommes, des femmes et des enfants trouvent la mort en se rendant aux champs, en gardant le bétail ou en cherchant un signal téléphonique. Le blackout total des télécommunications contraint les habitants à grimper sur les collines pour capter un faible réseau, les exposant directement aux mines disséminées sur ces hauteurs.
L’utilisation de mines antipersonnel à Kaziba constitue une violation grave du droit international humanitaire. La Convention d’Ottawa (1997), qui interdit ces armes, est ouvertement bafouée. Par leur nature indiscriminée, ces engins ne distinguent pas civils et combattants.
Par ailleurs, l’article 8 du Statut de Rome qualifie de crime de guerre toute attaque visant les civils ou l’usage d’armes aux effets aveugles. Le minage de zones agricoles et pastorales à Kaziba s’inscrit clairement dans ce cadre. Le Protocole additionnel II aux Conventions de Genève interdit également les pratiques destinées à terroriser les populations civiles, notamment l’isolement forcé par le blocage des communications.
Des observateurs dénoncent le silence imposé par le verrouillage des télécommunications, empêchant toute documentation en temps réel des violations.
« Ils meurent sans assistance, sans même pouvoir prévenir leurs proches », témoigne une source locale ayant fui la zone.
Face à l’ampleur de la tragédie, les organisations internationales, notamment l’UNMAS et les défenseurs des droits humains, sont appelées à exiger en urgence :
la restauration immédiate des télécommunications ;
une enquête internationale indépendante sur l’origine des engins explosifs ;
l’ouverture de couloirs humanitaires sécurisés pour l’évacuation des blessés vers Bukavu.
Le silence de la communauté internationale et l’inaction des autorités locales aggravent chaque jour un bilan déjà insoutenable.
À Kaziba, chaque minute de silence se paie en vies humaines.


