Chaque 17 mai, le monde célèbre la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, une date symbolique qui marque la décision historique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en 1990, de retirer l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Cette journée vise à promouvoir la sensibilisation, la prévention et la lutte contre toutes les formes de violences — physiques, morales et symboliques — liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre.
Le sigle LGBTQ désigne les personnes Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres, Queer et Intersexes. Pourtant, au Congo, ces communautés continuent de faire face à une réalité marquée par la stigmatisation, la discrimination et les violences.
Une réalité marquée par les violences et l’exclusion
Selon plusieurs sources, les personnes LGBTQ au Congo sont régulièrement victimes de discriminations et de traitements dégradants (É.-U., 27 février 2014 ; GlobalGayz, 21 février 2012). Arrestations arbitraires, harcèlement policier, agressions physiques et rejet familial constituent leur quotidien.
Plusieurs cas illustrent cette situation préoccupante. Japhet, un jeune homosexuel, a été interpellé et harcelé par des policiers dans la commune de Lemba simplement pour avoir été aperçu marchant avec son compagnon. Michel Banzandio, agressé par la police dans la commune de Lingwala, est porté disparu à ce jour.
L’an dernier, Guylain Mukendi, dans la commune de Bandalungwa, a été violemment tabassé, poussé au suicide par sa propre famille et accusé à tort par la police d’avoir commis un délit grave. Il demeure également porté disparu, tout comme son cousin Christian Mukendi, contraint de prendre la fuite dans des circonstances similaires.
Plus récemment, Torcelli Tshimanga a été sauvagement agressé et presque brûlé vif par des jeunes de la commune de Kintambo après la révélation d’une relation sexuelle avec un camarade de classe.
Un cadre juridique insuffisant
Bien que la République du Congo ait adhéré à plusieurs instruments juridiques internationaux relatifs aux droits de l’homme, les droits sexuels des personnes LGBTQ ne sont pas explicitement protégés par la loi congolaise. Selon le Rapport 2014 sur les droits de l’homme, l’État n’offre aucune protection spécifique aux personnes en raison de leur orientation sexuelle.
Le Code de la famille congolais, en son article 127, définit le mariage comme « l’acte public par lequel un homme et une femme établissent entre eux une union légale et durable ». Cette disposition exclut de facto les couples homosexuels, sans pour autant criminaliser explicitement l’homosexualité. Toutefois, malgré l’absence de lois pénalisant cette orientation sexuelle, les actes de haine, de harcèlement et de violence persistent.
Des préjugés profondément enracinés
La société congolaise demeure fortement influencée par des préjugés à l’égard des personnes LGBTQ. Celles-ci sont souvent accusées de troubles mentaux, de pratiques occultes, d’envoûtement ou encore d’imiter des comportements occidentaux. Ces perceptions erronées alimentent la discrimination et renforcent leur marginalisation.
Formes de stigmatisation et de discrimination
La stigmatisation des personnes LGBTQ se manifeste de multiples manières :
- propos méprisants et dégradants dans les écoles, quartiers, églises, entreprises et familles ;
- moqueries, insultes et injures ;
- menaces et intimidations ;
- traitements inhumains ;
- violences physiques et psychologiques ;
- refus d’accès aux soins et aux services médicaux.
Des conséquences graves sur la vie des victimes
Les conséquences de cette discrimination sont lourdes. Par peur du rejet social, de nombreuses personnes LGBTQ préfèrent cacher leur orientation sexuelle. Certaines développent des traumatismes psychologiques et émotionnels profonds, tandis que d’autres sont contraintes de quitter leur famille et sombrent dans la précarité, voire la prostitution.
Sur le plan sanitaire, la communauté LGBTQ demeure particulièrement exposée aux infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH/SIDA, avec un taux de vulnérabilité socio-économique et de mortalité préoccupant.
Un enjeu de droits humains
La stigmatisation et la discrimination envers les personnes LGBTQ constituent une violation manifeste des principes fondamentaux des droits humains tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui stipule que « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».
Les pratiques homophobes, biphobes et transphobes exposent ainsi ces personnes à de graves violations de leurs droits fondamentaux, appelant à une action urgente.
Vers une société plus inclusive
À l’occasion de cette Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, les défenseurs des droits humains appellent l’État congolais à respecter ses engagements internationaux, à élaborer des politiques publiques inclusives et à adopter des textes juridiques protégeant explicitement la communauté LGBTQ.
Ils plaident également pour une meilleure sensibilisation de la société congolaise à la question de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, afin de favoriser la tolérance, réduire la réprobation sociale et prévenir les violences.
Promouvoir et protéger les droits de toutes les personnes, sans discrimination, demeure une obligation juridique et morale pour l’État, concluent les acteurs de la société civile.


